El Español et la crise américaine (1810-1814)

Publié le par Gwendoline

Avant de présenter la littérature politique américaine publiée dans El Español, il faut revenir à Blanco White : du fait de la complexité de ses engagements - personnels, idéologiques et sociaux - et de ses réactions variables à la pression des amitiés et des événements, on ne peut se dérober à l'examen des convictions de ce protagoniste, et de leurs diverses modulations tout au long des pages de El Español. Or, ces positions à l'égard des mouvements d'outre-mer et leurs infléchissements, dont il reste à éclairer les facteurs, déterminent une stratégie éditoriale qui ne peut qu'orienter les conclusions de la présente étude ; car en tout logique il est permis de penser que le lien entre l'accueil fait par Blanco que dèmêlés politiques de l'Amérique et la nature ou la portée des documents originaux reproduits dans son mensuel, est nécessairement réciproque, fondamental, et... instrumental.

1. Observations préliminaires

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Blanco White et la communauté politique et intellectuelle hispano-américaine : auteurs et lecteurs réciproques, interactifs et critiques

    D'une part, Blanco fait oeuvre de pédagogie politique à l'usage des libéraux en guerre dans la péninsule, et par lucidité et souci de justice, il ouvre une tribune au discours politique américain, parce qu'il lui semble soulever des questions importantes et des problèmes que la péninsule n'a pa su résoudre. En fait, les critiques des créoles et de El Español coincident sur plusieurs points, et il n'est pas interdit de penser qu'au delà du désir de respecter la libre expression d'une "part essentielle et intégrante de la monarchie", insurgée ou non, Blanco a été bien aise de rencontrer un écho à ses objections à la conduire des gouvernements révolutionnaires d'Espagne.

    D'autre part, les Américains lui savent gré de son honnêteté, et cette reconnaissance produit deux phénomènes importants : premièrement, les nouveaux acteurs qui prennent le pouvoir à Caracas et à Buenos Ayres et leurs envoyés à Londres se tournent tout naturellement vers le feu; éditeur de journal en langue espagnole non obstinément sourd à leurs revendications ; de ces rencontres naissent parfois des amitiés, à tout le moins des affinités intellectuelles qui vont permettre à Blanco et à la communauté hispano-américaine d'échanger des points de vue sur les événements et de s'influencer mutuellement dans leurs interprétations. Deuxièmement, cela fait de l'Espagne une puissance auxiliaire dans l'interprétation du fait politique  : le journaliste est désormais nanti d'une grande quantité et qualité de matière première. Blanco White est en mesure compulser et, s'il s'y résout, de publier des documents souvent en première exclusivité, et à l'authenticité garantie par ces contacts directs, qu'ils s'agissent de déclarations officielles des nouvelles autorités ou de documents parus dans des journaux américains ; dans les autres cas, Blanco scrute l'ensemble de la presse anglaise et espagnole, et c'est généralement dans la première qu'il se procure encore des documents concernant l'Amérique. 
    Seconde conséquence : les Hispano-américains prennent très rapidement conscience de l'immense valeur documentaire et polémique de El Español. Cela est attesté par l'utilisation des articles de Blanco d'abord dans le journal de Miranda, El Columbiano, puis dans un grand nombre de périodiques d'Outre-atlantique : ​​​​​​​la Gaceta de Caracasla Bagatela, la Gaceta de Buenos Ayres, la Aurora de Chile... tous les grands organes de presse hispano-américains se servent des documents et des analyses livrées par Blanco, dont le nom est un gage d'authenticité. Mais la meilleure illustration de la gratitude des insurgés envers la démarche d'écoute et d'ouverture entreprise par l'Andalou, se trouve dans les propres pages de son journal : il s'agit du "communiqué du Secrétaire des relations extérieures du gouvernement de Caracas (Roscio) à l'éditeur". Reçus directement des mains des envoyés de la Junte, cette lettre, outre qu'elle témoigne de "l'offre généreuse" de bons offices à Blanco, montre combien un lecteur américain de El Español pouvait, au début de l'année 1811, s'adresser à Blanco comme à un frère d'armes et un véritable citoyen d'outre-mer. "Caracas vous compte parmi ses citoyens les plus distingués" est une affirmation officielle de cette appartenance ; plus encore, la violence des attaques portées ici contre les gouvernements péninsulaires prouve que les acteurs d'outre-mer s'imaginent (ou veulent s'imaginer) "le respectable rédacteur du Semanario Patriótico" engagé sans faille dans leur cause.

    Enfin, El Español est solennellement reconnu d'utilité publique pour cette cause : "Son Altesse (la Junte) espère que vous contribuerez avec votre remarquable périodique à divulguer les mesures à divulguer les mesures et autres documents qui vous seront à cette fin et à celle de contrecarrer les insidieuses suggestions de l'Amérique adressées par nos députés."


 

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